Depuis le 24 février 2022, jour de la déclaration de guerre de la Russie à l’Ukraine, les marchés actions ont fortement corrigé et l’Europe  a directement été touchée par le conflit Ukrainien, du fait de sa proximité géographique.

 

L’Europe et la France ont énormément de relations et de nombreux investissements en Russie. Sur les marchés financiers l’émergence d’une tendance baissière tend à se confirmer.
Rappelons qu’il est question tout d’abord d’une catastrophe humanitaire avant d’être une catastrophe financière.
Il y a actuellement une hausse explosive du prix des matières premières : le pétrole, le gaz et le blé. Et cela peut avoir un impact mondial car pléthore de pays en développement dépendent du blé, à cela s’ajoute les pays occidentaux qui dépendent majoritairement de la Russie au niveau du pétrole et du gaz.
Les hausses de prix rejoignent celles de 2007-2008, mais ceux-ci pourraient poursuivre cette tendance haussière car l’Ukraine et la Russie représentent 25% de l’exportation de blé au monde.
STRATÉGIE RUSSE :
Depuis 2014 la Russie a diminué l’utilisation du dollar dans sa stratégie financière. Elle a divisé par deux la part de dollar américain de la banque centrale Russe et a doublé sa part d’or tout en investissant également dans le yuan chinois.
La stratégie était : être moins dépendant des USA, de l’Europe en ayant de l’Or et du Yuan pour se rapprocher de la Chine. L’Or étant la monnaie de référence en cas de forte baisse de confiance du marché envers les événements en cours ou futurs, c’est une valeur refuge qui rassure.
Aujourd’hui le Yuan et l’Or représentent 34% des capitaux Russes, c’est encore limité, mais cela tend à peser de plus en plus dans l’économie et le total des actifs russes.
Actuellement la Russie possède de l’Or, toutefois cet argent est détenu dans d’autres pays (Europe, USA, Londres…), ce qui justifie la possible mise en place de sanctions économiques des pays opposés au conflit et soutenant l’Ukraine.
Cette richesse n’est donc pas accessible à la Russie.
La banque centrale Russe est donc aujourd’hui en situation de quasi-faillite, cela fait écho à l’année 1998 où la Russie était déjà en faillite confirmé par l’occurence d’un défaut de paiement.

> La Russie est donc dans une situation où sa capacité à exporter sera fortement limitée, elle se retrouvera dans une situation où elle sera isolée de la planète “économique” avec une balance commerciale défavorable.
On observe que la banque centrale a augmenté les taux d’intérêt à 20%,  générateur d’hyperinflation ayant pour conséquence l’implosion de l’économie Russe.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

SANCTIONS :

À partir du 8 mars nous avons pu observer que les USA ont mis en place des sanctions économiques au travers d’un embargo sur les importations de pétrole et de gaz russes.
On constate que les actions de Gazprom après avoir baissé de manière drastique le 23 février, la veille de l’attaque russe, ont à nouveau baissé le 24 février, pour être finalement délistées le 28 février 2022, lorsque Shell a annoncé se séparer de ses détentions dans plusieurs projets communs avec le groupe russe Gazprom, suivant l’exemple de son concurrent BP.
Dès les premières attaques, les actions du CAC 40 ont subi une correction, tandis que les actions liées au pétrole ont surperformé. Une hausse des prix à la pompe liée en Europe au cours du BRENT a pénalisé l’ensemble des économies européennes.
Les actions les plus performantes dans ce contexte concernent les entreprises liées au secteur des ENR.

Exemple de NEOEN & de GAZPROM comparé au CAC 40

On appelle d’ailleurs les ENR des énergies de la “paix” car elles permettent de s’affranchir de la loi du marché, avantage majeur qui a malheureusement tendance à être trop souvent oublié.
L’Europe ne peut pas encore profiter de son indépendance énergétique et arriver au 0% d’importation de gaz avant au moins 2027, puisque la production d’énergie est encore insuffisante.
Les transactions de gaz représentent 600 à 800 millions d’euros par jour pour la Russie. Si l’on coupe ces revenus, les financements de guerre seront mis à mal. Autrement dit, si l’Europe suspend l’import de gaz Russe, le financement de guerre sera stoppé. Mais ces sanctions auront un effet boomerang direct sur l’Europe fortement dépendante du gaz russe qui ne pourrait subvenir aux besoins énergétiques de pointe bien visibles sur la monotone de puissance présentée ci-dessous.
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ALLIANCE DE LA CHINE ET LA RUSSIE ?
Le poids des US et de l’Europe dans l’économie mondiale a clairement décliné depuis les années 90 passant de 50% à 30% au profit de la Chine passant de 3% à 20%.
PPP : Parité de pouvoir d’achat

La puissance des États-Unis est avantagée par la quantité de dollar disponible dans les réserves mondiales, pour reprendre la phrase culte “Le dollar c’est NOTRE monnaie, c’est VOTRE problème”.
La vitesse à laquelle la Russie a été coupée du reste du monde économiquement et financièrement c’est un événement encore jamais vu dans l’histoire.
À partir de là, la Chine ne peut qu’observer la situation, et constater sa faiblesse. Un renversement de tendance monétaire lui prendrait 10 ou 20 ans. Car la part du yuan (économiquement) comparé à l’euro et au dollar, est inexistante dans le plan économique mondial. Si la Chine veut attaquer il y a en face l’arme du dollar et de l’euro, car il est bien question d’une “arme monétaire”.
DÉPENDANCE DE L’EUROPE AU GAZ RUSSE
On peut observer la dépendance européenne au gaz Russe avec ces chiffres : en 2001 L’Europe était à 120 BCM (Billion Cubic Meters of natural Gas) et en 2021 à 158 BCM, ça représente 32% du gaz européen venant de la Russie.
Dans le contexte actuel la Russie au travers de Gazprom fourni 40% à l’Europe, 60% à l’Allemagne et 70% à la Pologne.
La situation de forte dépendance s’explique depuis la fin des années 70, l’Europe étant dépendante de plus en plus du gaz étranger.
On voit malgré la stratégie qui consiste à utiliser des énergies alternatives (ENR et nucléaire) que l’Europe a sous-estimé sa dépendance énergétique par rapport à la Russie. Et cela explique que les actions se sont effondrées.

CONCLUSION :
Les sanctions économiques qui ont été prises en asphyxiant financièrement la Russie mais toutefois sans en connaître la portée. Cela risque de s’envenimer au-delà de la situation humanitaire, il y a donc un risque d’inflation avec la hausse des prix du pétrole, du blé du gaz, des commodités au sens large… Les matières premières agricoles flambent et les obligations commencent à remonter, il faut donc encore regarder les actifs financiers avec prudence.
On a pu observer l’importance de l’indépendance énergétique européenne, mais le problème reste la position dans laquelle nous sommes car l’Europe est coincée entre deux mesures :
– celle de couper tout et de réaliser un embargo
– ou avoir une solution pour répondre aux besoins énergétiques européens car cela ne peut pas se mettre en place du jour au lendemain.
Il faut s’attendre à devoir faire des économies d’énergie drastiques afin d’espérer sortir de cette dépendance.
Des décisions sont d’ailleurs en cours de discussion au niveau européen :
Afin de réduire de deux tiers les 155 milliards de mètres cubes de gaz importés chaque année de Russie, la Commission européenne a en effet présenté, le 8 mars dernier, les grandes lignes d’un plan, REPowerEU, assez semblable, quoique plus ambitieux, à celui de l’AIE, publié deux jours plus tôt. Un autre devrait suivre, centré cette fois sur le pétrole. Ce programme européen devra être affiné avec les États membres, mais il prévoit déjà de rendre obligatoire, d’ici au 1er octobre 2022, la constitution de stocks de gaz, remplis à 90 %. En parallèle, il recommande la diversification des approvisionnements, par l’achat de gaz auprès d’autres pays, de gaz naturel liquéfié (GNL) notamment, et par la production de gaz renouvelable. « Une urgence absolue »source
D’autres solutions plus vertes sont à la portée de l’UE, comme le déploiement des énergies vertes, via les projets dans le solaire, en autoconsommation notamment, et dans l’éolien. Selon l’AIE, le gain à attendre serait de 20 TWh dès 2022.
Contrairement au nucléaire, ces dernières présentent l’avantage d’une mise en place possible en quelques mois / années dans la mesure où le soutien politique est suffisamment fort pour un déploiement massif, contrairement au nucléaire qui au mieux verrait une disponibilité de nouveaux EPR d’ici 2050.