Nous nous retrouvons, à nouveau, face à une hausse du prix des carburants comme vécu en septembre – octobre 2018. Le prix du gazole atteint à nouveau 1.5€/L, et plus de 1.6€/L pour le SP95 (soit une augmentation respective de 17% et 16% par rapport à 2020).

Pourquoi sommes-nous de nouveau dans cette situation ?

Depuis 2018, la pandémie de la COVID 19 a généré une diminution de la consommation des carburants due aux différentes mesures de confinement au niveau mondial. Cette baisse de demande a entrainé une importante diminution du prix du baril Brent de -121% (de 70.65€/baril à 32.03€/baril) entre janvier et mai 2020 avec un record en avril de 19.96 €/baril.

Evolution des prix à la pompe et leurs fiscalités

Comment cette baisse du prix de la matière première a-t-elle affecté le prix à la pompe ?

Entre janvier et mai 2020 une augmentation fiscale de 58% à 69% (+16%) pour le gazole et de 62% à 72% (+14%) pour le SP95 a été constatée. Comme démontré dans notre dernier article, il existe une relation directe entre le comportement du cours de Brent et la taxation des carburants : une baisse du cours amène à une augmentation des taxes et inversement.

Comment la décomposition des prix des carburants a-t-elle évolué depuis 2018 ?

Actuellement, encore sous les tensions provoquées par la pandémie, le prix du baril continue à augmenter. Nous retrouvons donc une diminution graduelle de la fiscalisation, mais à la différence d’octobre 2018 où l’essence était plus taxée, nous constatons actuellement une convergence des taux de taxation entre le gazole et l’essence, avec 1,6% de différence seulement (59% pour le gazole et de 60% pour le SP95) ; cela représente la moitié de l’écart observé en septembre 2019.

Ces mesures fiscales répondent à l’objectif de la diminution des émissions fixé par le gouvernement loi « climat et résilience » via l’interdiction de la commercialisation des véhicules essence et diesel rejetant plus de 95 g/km de CO2 dès le 1er janvier 2030. Cette mesure concerne une grande partie du parc automobile et prétend générer un virage dans les types de véhicules achetés vers des voitures essence. A plus long terme, nous irons vers une électrification des moyens de transport ou vers l’utilisation d’hydrogène.

Comment l’augmentation des prix des carburants a-t-elle affecté le pouvoir d’achat des ménages  français ?

Le coût pour parcourir 100 km représentait 0.57% du SMIC pour une voiture à gazole et 0.75% pour une à essence en septembre 2021; ce coût est environ 16% plus important qu’en septembre 2020 (0.48% du SMIC pour le gazole et 0.63% pour l’essence) et proche des niveaux d’octobre 2018, lors du mouvement des « gilets jaunes » (0.61% du SMIC pour le gazole et 0.75% pour l’essence).

Evolution du coût de déplacement de 100 km par rapport au SMIC

*La méthodologie utilisée pour calculer le coût d’un déplacement de 100 km par rapport au SMIC peut être retrouvée dans notre dernier article.

Pour éviter l’émergence d’un nouveau mouvement « gilet jaune », Gabriel Attal, Secrétaire d’État auprès du Premier Ministre a mentionné mardi matin que des mesures de protection aux consommateurs seraient annoncées à la fin de la semaine.

Tweet RTL France (19/10/2021)

Quelles sont les mesures que pourrait mettre en place le gouvernement ?

Les solutions « bouclier » pour aider les ménages français pourraient représenter :

  • Une diminution de l’imposition sur les carburants ; option qui représenterait un coût significatif sur le budget de l’état, et bénéficierait aussi aux ménages aisés ayant opté pour un véhicule polluant (SUV, 4×4 etc.)
  • Une diminution du prix à la pompe via les fournisseurs, cette option représenterait simplement un transfert du problème, de la population française vers les sociétés de fourniture des carburants.
  • Des mesures pour une population ciblée via des chèques carburant.

Ces mesures, si elles pouvaient avoir un effet positif dans le court terme pour le pouvoir d’achat des ménages, représentent une solution palliative qui iraient à l’encontre de la transition énergétique dont l’objectif est de réduire la consommation pétrolière et d’augmenter la taxation carbone.  Nous sommes confrontés à une opposition entre le pouvoir d’achat des ménages et la lutte contre le changement climatique.

La hausse des prix sur les carburants sont susceptibles de perdurer et méritent donc des meilleures mesures d’accompagnement, concrètes, durables et efficaces, pour limiter l’influence sur le pouvoir d’achat des ménages français et nous permettre d’avancer vers les objectifs fixés.