Les vacances de Février approchant, il était logique pour nous de vous parler de sports d’hiver au travers de la rubrique « Ils s’engagent ». Vous n’êtes pas sans savoir que les massifs montagneux connaissent un véritable bouleversement climatique, bien plus visibles qu’ailleurs sur le territoire Français. Nous sommes allés à la rencontre d’un professionnel de la Montagne, François Hivert, Guide de Haute Montagne et pisteur secouriste 2e degré. Il partage régulièrement des billets sur son blog « les news d’en haut », et ses analyses/observations de nouveaux phénomènes dues au réchauffement climatique nous ont poussé à en savoir davantage sur l’évolution de son métier dans un environnement naturel en pleine mutation.

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Adenfi / Bonjour François. Peux-tu nous parler de ta relation à l’environnement montagnard ?
François Hivert /
J’habite dans un village station depuis mon enfance, et j’y travaille depuis 15 ans maintenant. Le fait de vivre dans ce petit village authentique un peu « isolé » nous a préservé un temps de ce bouleversement climatique. Ici, certains d’entre nous entretiennent un lien très étroit avec l’aspect environnemental. Mais, comme quasiment partout, nous commençons à être confrontés à l’industrialisation de la montagne. Et puis, depuis quelques années, j’observe un changement radical et accéléré du climat, l’hiver ici dans le Beaufortain, et l’été en haute montagne.

A. / Avec cette expérience du milieu, tu es un témoin de première ligne concernant l’évolution du climat alpin ces dernières années. Qu’est-ce que cela implique dans la pratique de tes métiers ?
F.H. / En effet, nous sommes des témoins de l’évolution pressante du climat. L’été, les canicules à répétition ne nous permettent plus de travailler comme le faisaient nos prédécesseurs. Les périodes d’ascensions alpines sont plus courtes, et elles commencent beaucoup plus tôt en saison. En haute montagne, les éboulements et les écroulements sont maintenant fréquents, les glaciers très crevassés et à des niveaux très bas. Quand le risque est jugé trop élevé, il faut trouver une alternative à l’ascension. Par exemple, j’ai certains amis guides qui maintenant refusent de guider sur certaines ascensions, et notamment au Mont Blanc. Ils jugent le risque trop élevé à cause des chutes de pierres fréquentes dans le couloir de l’aiguille du Gouter. Personnellement, je m’y rends le moins possible et j’essaye de proposer à mes clients d’autres ascensions. Notre métier est en pleine mutation comme l’est la haute montagne. Il faut en permanence nous adapter et changer nos méthodes de travail.

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A. / Tes clients se rendent-ils comptes de ces récentes évolutions ? Y a t il un impact sur le développement de ton activité de Guide en particulier ?
F.H. / L’été, lorsque je grimpe avec mes clients en haute montagne et que, toutes les 10 minutes, nous entendons un éboulement. Ou alors l’hiver, devoir expliquer à mes clients qu’aujourd’hui, nous ne pourrons pas aller skier car il pleut jusqu’à 3000 mètres d’altitude. C’est évident qu’ils comprennent qu’il y a un gros problème. De là à dire qu’ils feront plus facilement appel à un guide, je n’en suis pas certain. Mais l’important selon moi est qu’ils prennent conscience du réel changement qui s’opère dans les montagnes à cause du réchauffement.

A. / Au travers de ton blog et de ton compte instagram, tu partages régulièrement des analyses et observations de terrain. Les retours sont-ils positifs ? Pourquoi cette démarche ?
F.H. / Oui, je partage assez souvent mes observations et quelques analyses, et notamment pendant la période hivernale : des nouvelles avalanche se produisent dont le fonctionnement est encore méconnu, des situations nivologiques complexes, des glaciers de plus en plus pauvres en neige. Vraisemblablement, cela s’explique par l’élévation globale de la température pendant l’hiver. Il y a beaucoup de discussions autour de mes articles. De plus en plus de personnes prennent conscience qu’il y a un gros problème. Il y a aussi de l’indignement. J’essaye tout simplement de montrer aux gens que l’impact du réchauffement climatique est sévère dans le milieu alpin.

A. / Il y a encore quelques années, l’héliski était une pratique courante (malgré une interdiction en France). Es-tu sollicité pour encadrer ce genre de sorties ?
F.H. / Oui, j’ai quelques fois des demandes pour faire de l’héliski. Et j’avoue qu’auparavant j’étais même plutôt content d’emmener des clients. Aujourd’hui, la demande est, me semble-t-il, toujours importante pour cette pratique. Personnellement, je ne fais plus d’héliski avec mes clients depuis quelques années.

A. / Le marché du ski de randonnée et de l’outdoor en général fait parti des tendances actuelles. Sortir des sentiers battus semble être à la portée de n’importe qui. Observes-tu de nouveaux comportements en montagne (positifs/négatifs) ?
F.H. / La démocratisation du ski de randonnée et l’avènement des réseaux sociaux fait qu’il y a maintenant énormément de monde en montagne. Les gens consomment la montagne. Tout le monde veut faire sa trace au détriment de la sécurité, et bien souvent par manque de connaissance du milieu. A nous, guide de haute montagne, d’avoir ce rôle de sensibilisateur aux risques liés à cette pratique. Le point positif est que de plus en plus de personnes viennent à la montagne pour se ressourcer et partager des nouvelles expériences dans le respect du milieu dans lequel ils évoluent.

A. / Merci de nous avoir accordé de ton temps. Aurais-tu un dernier message à faire passer ?
F.H. / Le réchauffement est imputé à l’Homme, c’est un fait démontré par de nombreux experts. Je suis conscient que l’exercice de mon métier engendre une emprunte carbone conséquente. Cependant, j’essaye de trouver localement des solutions afin de limiter au maximum mon impact. Je ne mange plus de viande depuis plusieurs années, je ne prends plus l’avion, j’essaye le plus possible d’utiliser les navettes mises en places dans le Beaufortain, je promeus le ski local. Cette démarche #skilocal est d’ailleurs récupérée par de nombreuses marques de l’outdoor dont Ortovox pour laquelle je suis fier d’être l’ambassadeur, les mentalités évoluent et c’est positif. Pourquoi aller skier à l’autre bout du monde alors que nous avons tout ce qu’il faut ici ? Il faut simplement faire preuve de lucidité quand à l’état de la planète et revoir nos pratiques à une autre échelle.

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